INFORMATIONS ESSENTIELLES SUR LES RESSOURCES VIVANTES ET LA BIODIVERSITÉ

Des ressources vivantes capitales pour l’homme

Le maintien de la biodiversité et des ressources marines vivantes est essentiel pour l’Homme : elles lui fournissent de la nourriture, des emplois et des revenus. Dans beaucoup de pays où la consommation de protéines connaît un niveau bas, le poisson et les produits de la mer représentent la source principale de protéines animales. La pêche et l’aquaculture fournissent des emplois de manière directe, mais également indirecte dans la transformation et la distribution des produits de la mer. Ces activités ont une grande importance économique pour de nombreuses familles, mais aussi pour les pays qui exportent leur production. Ainsi, pour les sociétés qui dépendent fortement du poisson, ces ressources représentent une sécurité non seulement alimentaire, mais également économique et sociale.

Si l’exploitation des produits de la mer s’est considérablement accrue depuis le début du siècle, seule l’aquaculture se développe encore actuellement. En effet, la capacité de pêche a été fortement diminuée par la pleine exploitation des stocks sauvages mondiaux et l’épuisement d’une majorité d’entre eux.

Etat actuel des pêcheries

Des biologistes marins travaillant dans des universités, des laboratoires gouvernementaux et dans les commissions régionales de la pêche ont reconnu que durant au moins les deux dernières décennies, la plupart des ressources océaniques (et probablement toutes les ressources terrestres sauvages des zones peuplées par l’Homme) se sont sévèrement raréfiées. Leur biomasse qui, selon la Convention sur le Droit de la Mer, ne devrait pas passer sous le seuil de 50 % de son état originel (même ce niveau est maintenant considéré comme trop faible) sont au mieux à 25 % du niveau originel et la majeure partie des ressources de grande valeur à 10 % ou moins du stock originel. Certains stocks ont disparu. La pression sur ces stocks risque encore d’augmenter avec la croissance démographique et économique.

La pêche est une activité pratiquée dans tous les écosystèmes aquatiques. Puisqu’une grande partie des ressources sauvages sont surexploitées ou épuisées, l’impact de la pêche est généralisé, affaiblissant les populations en âge de se reproduire pratiquement partout. Désormais, la pêche commerciale représente une menace pour la base même de la chaîne alimentaire marine. En plus de ses impacts directs sur les espèces vivantes, la pêche commerciale capture des proies non-souhaitées (prises accessoires). Parmi elles figurent les tortues de mer, les oiseaux marins, et les mammifères marins. D’autres problèmes sont liés à l’aquaculture : usage abusif de poissons sauvages pour nourrir les espèces d’élevage, pollution (eutrophisation et usage d’antibiotiques) et invasion biologique.

Les causes

Pendant des décennies, les flottilles de pêche commerciale ont capturé en quantité des poissons et des formes de vies marines de façon non durable, à tel point que certains stocks de poissons sont aujourd’hui en déclin ou même en train de disparaître. Depuis le début des années 1990, la prise totale d’espèces sauvages a oscillé autour de 85 millions de tonnes, ce qui indique que, dans le contexte actuel, le potentiel mondial a été atteint. Les véritables données sont cependant difficiles à évaluer suite à des erreurs dans les systèmes d’échantillonnage, aux variations climatiques, mais aussi au parti-pris de dissimuler certains faits (par exemple la pêche illégale) et à des rapports faussés ou sous-évalués (pour des raisons politiques). Les subventions gouvernementales et des techniques de pêche sophistiquées et pourtant abordables (GPS, téléphone cellulaire…) permettent à la flotte de pêche commerciale de s’agrandir et d’être plus efficace. Globalement, la capacité de pêche a continué à augmenter au cours de la dernière décennie sans aucun changement majeur dans la quantité de prises, ce qui souligne le fait que la pression ne cesse d’augmenter.

L’accès libre aux ressources et la concurrence entre les pêcheurs rend complexe le maintien d’une quantité de prises raisonnable. Dans l’hémisphère nord, le déclin des stocks de poissons a résulté en un exode des grandes flottes de pêche industrielles de pays tels que le Japon, l’Union Européenne, la Chine, la Thaïlande, la Corée, Taiwan, l’ex URSS et un grand nombre de navires battant pavillons de complaisance vers les eaux relativement moins exploitées de l’hémisphère sud et vers les eaux profondes. Dans ces régions, les gouvernements de nombreux états côtiers, désireux de rembourser leurs fortes dettes aux pays développés, vendent le droit de pêcher dans leurs eaux tout en continuant à développer leur propre flottille (particulièrement durant la période 1975-1990). Au lieu d’un afflux de ressources financières du nord vers le sud, on observe la mort de la petite pêche artisanale du sud, ainsi qu’une ponction de ses ressources naturelles par le nord.

Les ressources vivantes marines souffrent également de la pollution, de la modification et de la destruction de leur habitat, de techniques de pêche non-durables et destructrices (chalutage, usage de poisons, etc.). Dans les zones très développées, l’altération des habitats côtiers par l’urbanisation des côtes et la pollution massive engendrée par les activités industrielles à terre sont malheureusement peu étudiées en ce qui concerne leurs impacts sur la faune aquatique (pollution due aux hormones, aux dioxines, aux métaux lourds ainsi qu’aux centaines de produits chimiques rejetés chaque année, et dont les effets combinés sont méconnus ; mais également conséquences des radiations, des prélèvements d’eau dans les rivières, de la modification des courants, etc…).

Le tourisme (pêche sportive, plongée sous-marine, commerce de « souvenirs » provenant d’espèces menacées…) et la capture d’espèces sauvages pour l’Aquariologie sont aussi une menace pour les ressources vivantes et la biodiversité marine.

Les conséquences

En raison de la complexité de l’écosystème océanique, du degré de vulnérabilité des populations marines et de leur état de raréfaction, il est possible que la reconstitution des stocks épuisés prenne plusieurs années, voir des dizaines d’années. Elle peut même s’avérer impossible dans certains cas, comme pour les poissons à longue durée de vie dont les stocks seront particulièrement difficiles à reconstituer. Restaurer les habitats naturels peut même se révéler encore plus problématique, notamment pour les habitats récifaux dont la régénération peut nécessiter des décennies ou plus. Les conséquences du déclin des populations de poissons sont multiples : économiques, sociales et environnementales telles que la menace sur la sécurité alimentaire dans les sociétés fortement dépendantes du poisson, la perte de ressources biologiques et de la biodiversité, des problèmes sanitaires, des famines et du chômage. Quelques rapports ont démontré qu’un nombre croissant des poissons que nous consommons sont contaminés par des métaux lourds comme le mercure, des polluants industriels tels que le PCB et des pesticides comme le DDT.

Solutions et gestion

Les solutions à la surexploitation des pêcheries sont nombreuses et variées, et fonctionnent à différents niveaux. Elles comprennent : la fin des subventions gouvernementales pour les pratiques de pêche non-durable, le contrôle des technologies de pêche dangereuses et illégales, la réduction en taille de la flottille de pêche commerciale mondiale, des restrictions sur certains types d’équipement, l’adoption de régimes de gestion adaptés aux écosystèmes, l’instauration d’un encadrement légal des eaux internationales. Tout aussi important, cependant, est le besoin des consommateurs d’être informés sur la nourriture qu’ils mangent et sur les conséquences possibles de sa capture et de sa consommation sur l’environnement.

Sans des changements drastiques dans sa gouvernance et dans ses modes de consommation, le système de pêche actuel n’est tout simplement pas viable. De nombreux exemples prouvent que ces systèmes peuvent être rendus durables grâce à des mesures de conservation et de gérance. Un Code de Conduite pour une pêche responsable a été adopté, de nouveaux outils ont été conçus. Mais en ne s’y soumettant pas et en ne les appliquant pas, nous risquons de voir disparaître encore plus de stocks de poissons au cours des deux prochaines décennies. L’humanité devrait alors faire face à un sérieux problème de sécurité alimentaire qui toucherait en premier lieu les pays les plus défavorisés.